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Tsukuri, Kuzushi, Kake

2008-12-23 par Kronky

Dans Réflexions

http://www.home-budoka.com/?/AMSDC/Tsukuri-Kuzushi-Kake

Nombre de commentaires : 1

Parmis les notions de base que je trouve indispensables à une bonne pratique et une bonne compréhension des arts de combats et des sports martiaux, le principe de Tsukuri-Kuzushi-Kake est sans doute le plus fondamental car il est à la base même de la réussite de toute technique. Sans le Tsukuri-Kuzushi-Kake, une technique n’est qu’une suite de mouvements sans fondement, sans contexte et sans intérêt.

Malheureusement, cet aspect de la pratique est souvent ignoré, ou alors transmis implicitement sans jamais vraiment être expliqué. C’est ce que je vais tenter de faire ici…

Le Kuzushi, Tsukuri, Kake au Yoseikan Budo

Définitions

Après de nombreuses recherches et une discussion très interessante sur le forum de Kwoon.info, je vous livre ma définition personnelle des ces trois termes :

Tsukuri
C’est la préparation physique et mentale, la phase préliminaire à l’exécution de toute technique. On se concentre, on analyse la situation, on règle son Kamae (garde), son Maai (distance) et on cherche provoquer une réaction chez Uke.
Kuzushi
C’est le déséquilibre, physique, mental ou les deux à la fois ! Suki (détecter les faiblesses/les ouvertures) et Sen ("timing" et initiative), on profite de la réaction de Uke pour se placer correctement, affaiblir sa structure et le déséquilibrer, le mettre dans une position de faiblesse où il pourra difficilement riposter.
Kake
Exécution de la technique. Une fois Uke en mauvaise posture pour riposter, on exécute la technique proprement dite.

Selon le fondateur du Yoseikan Budo

En furetant sur le net, j’ai trouvé sur le site du Yoseikan Vannetais un extrait de l’interview « Yoseikan Hiroo Mochizuki » - Budo International - N°122 mensuel été 2005 dans lequel Maître Hiroo Mochizuki nous donne sa définition du Tsukuri, Kuzushi, Kake :

« Pour moi, le maître mot des arts martiaux, c’est : « stratégie » (« TSUKURI »). A savoir l’art d’utiliser la distance (« ma ») et la tactique appropriées pour piéger l’adversaire en l’amenant là où l’on a décidé de l’amener. S’y ajoute la notion de timing (« hyoshi ») pour prendre l’initiative (« sen ») afin de provoquer le déséquilibre de l’adversaire physiquement et mentalement (« KUZUSHI »). Enfin vient l’exécution technique - « KAKE ». Malheureusement, la plupart des écoles à l’heure actuelle enseignent seulement cette dernière partie, qui est inutile et vide de sens sans les deux autres. »

Importance du Tsukuri, du Kuzushi et du Kake

Tsukuri

Comme l’indique la définition, le Tsukuri commence avant même la prise de contact. Je dirais même que sans Tsukuri, aucune action ne doit être entreprise ! A moins d’une très forte différence de niveau avec votre adversaire, attaquer sans tsukuri c’est se jeter directement dans la gueule du lion.

On commence d’abord par se mettre dans de bonnes dispositions, on se concentre, on observe, on se place et surtout on provoque une réaction chez Uke.
Pourquoi est-ce si important ? Pour deux raisons simples : le temps de réaction et les probabilités !

Temps de réaction

Le temps de réaction moyen d’un être humain, entre le moment où il perçoit le mouvement et le moment où il réagit effectivement est de l’ordre de la seconde. Ou de la demi-seconde pour les plus chanceux. Figurez vous qu’il s’agit approximativement du temps nécessaire à envoyer son poing dans la figure de l’autre… Si vous ne savez ni quand ni comment votre adversaire va attaquer, vous vous exposez tout simplement à réagir trop tard. Aussi rapide que vous soyez, vous ne le serez jamais autant qu’un bon bourre-pif…

Comment éviter cela ? Tsukuri ! En provocant votre adversaire, en lui mettant la pression, en entrant dans sa zone de sécurité, vous le forcez à réagir, à attaquer. Mais cette fois, c’est vous qui contrôlez l’instant ! Trois cas de figures :

  1. Il attaque trop tôt (j’entends par là que suite à votre prise d’initiative, il réagit alors que vous n’êtes pas dans sa zone de sécurité) : pas de soucis, à sa première attaque vous êtes encore hors de portée, il doit réajuster, il se retrouve alors en position de faiblesse
  2. Il attaque trop tard : pas de soucis, vous saisissez l’occasion et attaquez le premier
  3. Il attaque pile quand vous entrez dans la distance : pas de soucis, vous vous y attendiez ! Vous êtes donc prêt à contrer son attaque et prendre l’avantage

Bien entendu, il s’agit du cas idéal. En réalité ça ne se passe pas exactement comme ça. La raison est simple : là, on a le "quand" mais on n’a pas le "comment"… Savoir quand l’adversaire va attaquer c’est bien, mais savoir aussi comment c’est mieux… C’est là qu’entre en jeu les probabilités.

Probabilités

Dans sa définition, je précisais que le Tsukuri servait à régler son Kamae et son Maai. A quoi cela peut-il bien servir ? A reduire au maximum les possibilités de votre adversaire. A moins d’être un maître Jedi, il est impossible de savoir exactement quelle attaque va porter votre adversaire, mais au minimum, on peut l’inciter fortement à attaquer certaines cibles privilégiées et protéger fortement le reste. Soit il attaque la cible prévu et on y gagne un certain avantage puisqu’on s’y attendait, soit il attaque une autre cible qu’on aura pris soin de rendre le moins vulnérable possible et on limite les dégats. Bien entendu, plus vous lui aurez mis la pression, plus il sera poussé dans ses derniers retranchements et plus votre adversaire sera attiré par la cible facile. La probabilité qu’il attaque là où vous le souhaitez n’est alors plus négligeable, à vous d’en tirer parti.

En d’autres termes, le Tsukuri, c’est prendre l’initiative, faire réagir votre adversaire en gardant un temps d’avance sur lui.

Mais ensuite ? Kuzushi ! (le premier qui répond "à vos souhaits" est éliminé d’office)

Kuzushi

Avec le Tsukuri, on provoque une réaction chez Uke, mais si on en reste là, c’est simple, on s’en prend plein la gueule… à moins d’exécuter le Kuzushi. Puisque le Tsukuri nous donne un ordre d’idée sur quand et comment Uke va attaquer, il s’agit alors de profiter de cette anticipation pour se placer et le déstabiliser le plus pertinemment possible. On n’effectuera pas la même esquive si on s’attend à un coup de poings au corps ou à un coup de pied au visage, cela va de soi…

Le Kuzushi prépare également du mieux possible à l’exécution finale de la technique. Si on compte effectuer une projection, le Kuzushi consistera à déséquilibrer son adversaire, briser sa structure. Si on compte le mettre KO par une frappe, on cherchera plutôt à ouvrir sa garde, se donner un accès facile à une cible sensible, tout en se plaçant à l’abris d’un contre…

Le Kuzushi met donc Uke dans une position périlleuse dont il aura du mal à se sortir. On se trouvera donc dans une situation favorable pour le Kake.

Kake

Le Kake est l’exécution finale de la technique. Si le Tsukuri et le Kuzushi sont correctement effectués, le Kake ne pose aucun problème si ce n’est l’exécution correcte de la technique…

Le point important, en fait, est de ne pas perdre le bénéfice de chacun de ses principes en appliquant les autres. Je m’explique. Si après le Tsukuri je me place mal, mon Kuzushi sera de mauvaise qualité, voire impossible. Si après le Kuzushi je laisse un temps mort, ou si je perds le contact (lors du projection ou d’une clé), Uke reprendra une position stable et je serai tout simplement revenu à mon point de départ (et on a le droit à un beau “mais pourquoi ça marche pas, j’ai pourtant bien fait le mouvement”)…

Ce n’est donc pas un hasard si on utilise fréquemment l’expression complète Tsukuri-Kuzushi-Kake. L’un va rarement sans les deux autres.

Et ça marche à tous les coups ?

Non.

Tsukuri-Kuzushi-Kake est un principe, pas une formule magique. Vous ne vous assurerez pas une victoire en le criant très fort avant d’attaquer (encore que, ça peut déstabiliser votre adversaire…). Par contre, sans ce principe vos chances sont plutôt maigres…

C’est un principe, mais c’est aussi et avant tout un outil pédagogique pour prendre conscience de l’importance de tout ce qui entoure la technique proprement dite : l’analyse de la situation, la prise d’initiative, le placement…

Pourquoi ne pas utiliser aussi cet outil pour analyser nos techniques ratées, ou celles qui nous posent des problèmes. Ai-je un manque à l’une quelconque des trois phases du Tsukuri, Kuzushi, Kake. Par exemple, Est-ce que mon attaque est trop directe, trop téléphonée (soucis de Tsukuri), est-ce que je ne cherche pas à executer ma technique trop vite sans préparer mon adversaire (absence de Kuzushi), où ai-je juste mal compris la technique en elle-même (mauvais Kake) ? Ou peut-être mon Tsukuri, Kuzushi, Kake est-il trop scolaire, réalisé en trois temps au lieu de trois phases…

Trois principes, trois phases mais pas nécessairement trois temps !

Comme je viens de le dire, Tsukuri-Kuzushi-Kake est un outil pédagogique et pour des raisons de compréhension et d’apprentissage, on l’enseigne généralement en trois temps distincts. Mais ce n’est pas forcément le cas : chacun des trois principes se fond dans les deux autres et il est bien difficile de les séparer de façon nette et précise… Où s’arrête l’un, où commence l’autre ? Je ne pense pas qu’il y ait réellement de réponse.

Mais attention, ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit. Même lorsqu’ils se produisent en même temps, les trois principes sont différents et indispensables tout autant qu’indissociables ! On a donc trois principes, trois phases qui se distinguent par leur concept, leur rôle dans le combat mais qui ne suivent pas forcément un ordre chronologique bien établi. D’ailleurs, ces trois principes sont parfois interprétés de façon différente, c’est justement ce dont je parle dans le chapitre suivant.

Cadeau bonus : Tsukuri, Kuzushi, Kake - selon Laurent Steenis


Révisions du chapitre :

  1. 14/11/2008 : Quelques ajouts, syntaxe…
  2. 23/12/2008 : Définition de Tsukuri, Kuzushi, Kake par Maître Hiroo Mochizuki

Commentaires

[1urbain 

quelle pedagogie pouvons-nous utiliser pour apprendre aux élèves de 5eme/A les manoeuvres du judo suivant:
kuzushi et tsukuri

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Réponse de la rédaction :
Ayant très peu de temps à consacrer au site en ce moment, nous vous conseillons de poser votre question sur Kwoon.info, sans doute le meilleur forum francophone concernant les arts-martiaux.

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